OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Les nouveaux fonds de pension, la face cachée de la réforme des retraites http://owni.fr/2010/10/31/les-nouveaux-fonds-de-pension-la-face-cachee-de-la-reforme-des-retraites-capitalisation-woerth-lobbies-senat-epargne/ http://owni.fr/2010/10/31/les-nouveaux-fonds-de-pension-la-face-cachee-de-la-reforme-des-retraites-capitalisation-woerth-lobbies-senat-epargne/#comments Sun, 31 Oct 2010 08:55:54 +0000 Sylvain Lapoix et Ophelia Noor http://owni.fr/?p=34225 Ce billet a été publié originellement sur OWNIpolitics, écrit par Sylvain Lapoix et Ophelia Noor.


Vendredi 21 octobre, la réforme des retraites a été adoptée de nuit au Sénat. Poussée en urgence par le gouvernement, elle dissimule une poignée d’amendements qui n’auront été débattus que quelques minutes au Palais du Luxembourg et pas même évoqués à l’Assemblée nationale, où les débats n’ont jamais atteint l’article 32 sur lesquels ils portaient. Et pourtant, ces quatre amendements consacrent la nouvelle place de la retraite par capitalisation dans le système français d’assurance vieillesse. En un vote, la porte a été entrouverte aux banques, assurances et instituts de prévoyance pour se servir dans les 7,983 milliards d’euros de participation distribués en France, selon la Dares.

Ce merveilleux mécanisme a été inscrit à l’article 32 ter (l’avant dernier article de la loi) : il prévoit que, sauf opposition formelle du salarié, la part non utilisée de sa participation sera automatiquement versée sur un produit épargne retraite en entreprise (Perco ou Pere). Et si une société a doté certains salariés de retraites chapeaux (autrement dit, si vous êtes dans un grand groupe), le 32 quinquies l’oblige à faire signer des plans d’épargne retraite pour tout le monde ! Enfin, le 32 bis permet de puiser dans son compte épargne temps ou ses RTT non utilisés (à concurrence de 5 jours par an) pour abonder les produits d’épargne retraite.

Comme résumé par le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur en séance :

Ce que vous mettez en œuvre après le Perco, chers collègues de la majorité, c’est une épargne retraite obligatoire, avec des négociations obligatoires, des décisions obligatoires, au niveau tant de l’intéressé que de l’entreprise et de la branche. Il s’agit de créer un « tuyau » qui flèche, de manière évidente, la participation vers l’épargne retraite obligatoire.

Tout ça mais avec un peu de retard : les lobbies le demandaient déjà en 2003 quand François Fillon a posé les premiers jalons de ce glissement du système vers la capitalisation.

Perco, Perp et Pere, les trois cavaliers de la capitalisation

L’apparition des premières lois permettant la souscription de produits d’épargne retraite a en fait la même origine que le recul de l’âge de départ : le déficit de la Caisse nationale d’assurance vieillesse. En 1993, la réforme menée par Edoudard Balladur donnait la possibilité aux salariés de souscrire à de tels contrats, en même temps qu’elle modifiait le calcul des pensions (basculement des 10 au 25 meilleures années dans le privé, etc.).

Le débat sur la crise du système de retraite par répartition et le risque de diminution des pensions est déjà là. Mais c’est la « loi Fillon » du 21 août 2003 qui instaure officiellement des « plans d’épargne collectif », version française et euphémistique des « fonds de pensions » décriés de toutes parts. Le Pere (assurance vie collective) qui existait déjà, peut désormais être abondé par le salarié directement. Le Perp (plan d’épargne retraite individuel) fait son apparition. Mais c’est surtout le Perco qui marque un tournant: sur le modèle des produits à « versement défini » (type 401k américain), il expose les salariés au risque des marchés, protège l’employeur et le prestataire d’assurance. A mots couverts, les fonds de pension font une entrée fracassante dans le système français.

Aidé par des dispositions qui facilitent et encouragent l’usage du Perco, celui-ci connaît de belles années : malgré la crise financière de 2008, son encours grimpe de 63% en un an pour atteindre 3 milliards d’euros au 31 décembre 2009. Mais pour les assureurs, le résultat est insuffisant. Insuffisant comparé aux 230 milliards des régimes obligatoires et aux 1300 milliards de l’assurance vie. Les lobbies ne cachent pas leur mécontentement : au 1er juin 2009, la Fédération française des sociétés d’assurance (FFSA) juge durement la réforme Fillon qui « n’a pas eu les résultats escomptés ». Le rendez-vous est clairement fixé à 2010 pour une « refonte totale » du système. Les arguments sont déjà tout prêts, collant aux éléments de langage du gouvernement : la capitalisation ne permet-elle pas de nous « éviter de reporter le financement du déficit sur les générations futures » ? Si, bien sûr : elle a même permis à certains sexagénaires britanniques de reprendre leur propre destin en main en se remettant au travail.

Et, le 26 mai 2010, dossiers plastifiés sous le bras, Jean-François Lequoy, Patrice Bonin et Gilles Cossic, représentants de la FFSA s’avancent « comme trois Monsieur Sylvestre de la World Company », raconte Martine Billard, député du Parti de Gauche. Après un long exposé sur la « nécessité de simplifier » les produits déjà en place,

Le délégué général de la FFSA, Jean-François Lequoy, juge « intéressant que ceux qui ont d’abord souscrit une assurance vie aient la possibilité de la reflécher (sic !) au bout de huit ans vers un objectif de retraite. »

Un système que la FFSA propose d’encourager par des exonérations fiscales de 10 à 20% de la rente. A cette demande, Pierre Méhaignerie, président UMP de la Commission des affaires sociales qui les reçoit « saute de sa chaise » : « Je m’oppose catégoriquement à toute nouvelle dépense fiscale dans le contexte financier actuel », tonne-t-il suivi par le rapporteur, Denis Jacquat. Les assureurs continuent d’égrainer leurs propositions et repartent leurs dossiers plastifiés sous le bras.

L’article 32 ou l’attaque de nuit de la diligence des retraites

Mais les argumentaires n’ont en fait pas vraiment quitté la salle. En juillet, quand l’amendement de commission numéro 29 arrive au débat en commission, Martine Billard s’écrie : « c’est la proposition de la Fédération française des sociétés d’assurance, qui se trouve page 219 du rapport d’information de la commission ». Sous le texte du député Yanick Paternote, une proposition des assureurs pour « fluidifier » l’épargne : la possibilité de sortir son épargne retraite pour acheter ou réparer sa résidence principale, idée qui prive un peu plus ce produit de sa fonction de sécurité pour le transformer en produit bancaire comme un autre. Retoquée par le rapporteur, l’amendement fait l’objet d’un commentaire étonnant du ministre, qui souligne qu’il « mériterait d’être examiné dans le cadre du projet de loi de finances » et non dans la réforme des retraites. En clair, Eric Woerth reconnaît que cet amendement est un cavalier, un texte sans rapport glissé là pour être adopté en toute discrétion. Celui-là est retiré. D’autres non.

Laurent Hénart, rapporteur UMP du texte, propose ainsi les amendements répondant aux demandes des lobbies : possibilité de versement des RTT sur les produits épargne retraite, participation non utilisée « fléchée » vers le Perco, ouverture des droits au Perco pour les TPE-PME…

« C’était toutes les demandes de la FFSA », lance Roland Muzeau en Commission.

Sa colère se perd dans la précipitation : du fait de la procédure d’urgence, le débat en séance s’interrompt avant même d’arriver à l’article 32 qui les contient : les députés votent tout, d’un coup, et passent le texte au Sénat.

Là, d’autres élus prennent le relais, notamment Isabelle Debré qui dépose sept amendements qui visent à généraliser l’information sur les produits d’épargne retraite, autoriser le versement de la prime d’intéressement sur le Perco… Bref, à inciter entreprises et salariés à choisir ces solutions de « complément retraite ». Le tout défendu avec des arguments proches de ceux des lobbies des banques et assurances : « En outre, il est important de souligner la nature d’épargne de dispositifs qui peuvent permettre d’améliorer le montant futur des pensions de retraite. » « Peuvent permettre », une précaution utile : dans le doute que ces fonds de pension puissent ne pas être rentables, rendons-les obligatoires. Dans l’hémicycle, le débat arrive bien tard mais ne freine en rien l’adoption du texte : vendredi 21 octobre, le séance se ferme sur un vote unique demandé par le gouvernement.

De nouvelles niches fiscales où dorment des loups

Le coup avait été préparé de longue date. Malakoff Médéric, avec l’aide du CNP, a ainsi fondé la filiale Sevriena pour couvrir ce nouveau champ de prospective. Une initiative dont la Caisse des dépôts et consignation a étrangement décidé de se retirer avant l’été. Mais cette entreprise est loin d’être la seule à se frotter les mains : banques et assurances préparent déjà leurs stratégies pour capter ce nouveau marché. Au lendemain de l’adoption de la réforme par le Sénat, BNP Paribas lançait son site La retraite en clair.fr pour ses clients ayant des question « sur le système des retraites actuel et à venir » notamment « sur le montant de sa pension future » et « les moyens à mettre en œuvre pour compléter ses revenus » (sic !).

De leur côté, les entreprises y trouvent aussi leur compte : défiscalisés, les versements sur les produits d’épargne retraite sont de bons deals. « Plutôt que de verser 100 en salaire qui lui coûte 140 et rapporte 60 au salarié, il est plus avantageux pour l’entreprise de verser 100, qui lui coûtent autant et rapportent la même chose au salarié », résume Henri Sterdyniak, chercheur à l’OFCE. Le problème, c’est que tout ça se fait aux dépends de la Sécurité sociale, les sociétés préfèrent cotiser pour leurs salariés que pour le système général : on bascule de la solidarité nationale et inter-générationnelle à la solidarité d’entreprise.

Du côté des syndicats, la posture est difficile à tenir : bien qu’opposés au principe de retraite par capitalisation, nombreux sont les délégués du personnel qui signent les accords Perco en échange de la promesse de la direction de verser de l’argent en complément de celui amené par les salariés, comme chez GSK, exemple présenté dans une enquête du site Miroir social, où le laboratoire proposait d’abonder à 300% les sommes apportées par les salariés. La confusion est entretenue par les termes employés : cette « épargne retraite », présentée comme un simple placement, fonctionne bel et bien selon le principe des « fonds de pension » et de ce fait, rogne sur le système par répartition.

Or, au delà des amendements retenus par la loi, les propositions avancées par les lobbies laissent entrevoir la prochaine étape : la proposition de la FFSA de verser l’assurance vie sur l’épargne retraite ou celui consistant à pouvoir retirer de l’argent de son Perco pour acheter ou rénover un logement transformeraient, à terme, ces outils de prévoyance en simples produits bancaires spéculatifs. L’hypothèse de la fusion entre assurance vie et assurance vieillesse complémentaire dans un produit d’épargne hybride hyperdisponible apparaît même comme « vraisemblable » à plusieurs chercheurs.

Bref, « la retraite supplémentaire par capitalisation n’est plus un sujet tabou, » comme le disait le député en charge du rapport sur l’information sur l’épargne retraite de 2003. Un certain Eric Woerth…


Pour compléter cet article, nous vous recommandons l’excellent dossier de notre consoeur Emmanuelle Heidsieck sur le site d’information Miroir social, qui a constitué le point de départ de notre enquête :

Photo FlickR CC : Maxi Walton ; Richard Ying ; Keene Public Library ; copie écran du site La retraite en clair.fr.

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[live-blogging] #23sept : plus de manifestants et plus de manifs ! http://owni.fr/2010/09/22/23sept-manifestez-vous/ http://owni.fr/2010/09/22/23sept-manifestez-vous/#comments Wed, 22 Sep 2010 21:01:59 +0000 Admin http://owni.fr/?p=28972 Ce billet a été actualisé tout au long de la journée du 23 septembre

Ce que nous avons fait :

  • Comme pour le #7sept, nous live-bloggerons la journée de manifestation afin de garder en mémoire le plus pertinent (cf. ci-dessous).
  • Nous organisons un concours d’affiches pour vous fournir des slogans graphiques qui vous ressemblent.
  • Nous avons géolocalisé (en crowdsourcing) et compté de façon transparente et dynamique les différentes manifestations et le nombre de manifestants.
  • Nous avons sélectionné les meilleures photos partagées sur Internet avec le hashtag  #23sept ainsi que les nôtres pour en faire un diaporama qui sera actualisé ces prochains jours.
  • Nous avons également pendant toute la journée pris de la hauteur en interviewant des experts, chercheurs et militants, notamment européens, afin de jeter un oeil critique et extérieur sur la situation sociale de l’hexagone.
  • [MàJ 19h30] Pour conclure ce live-blogging, voici une vidéo que Rémi a tourné dans le cortège parisien. Merci de nous avoir suivi ! Vous avez évidemment reconnu la musique.

    Cliquer ici pour voir la vidéo.

    [MàJ 18h39] Nous avons pris quelques photos du défilé parisien :

    Created with Admarket’s flickrSLiDR.

    Pour sa part, Raphaël Da Silva a pris quelques photos du cortège Messin :

    Created with Admarket’s flickrSLiDR.

    Steven Jambot a fait de même :
    Created with Admarket’s flickrSLiDR.

    Manifestations : pourquoi un tel écart entre les chiffres de la police et ceux des syndicats ? – MàJ 18h20

    (Télécharger le poster en haute qualité)

    On peut également simplifier la formule de calcul, que nous appellerons tout à fait modestement “le théorème OWNI” (CC Nicolas Voisin) :

    La vérité pondérée du nombre de manifestants =1,5 POLICE + 0,25 SYNDICAT

    En l’appliquant à cette journée nous obtenons : 2 197 500 manifestants. Se rapproche-t-on de la vérité ou est-elle ailleurs ?

    Alors que les syndicats raisonnent sur une bande de 1 mètre de large qu’ils pondèrent en fonction de la longueur du cortège, les forces de l’ordre se placent à un endroit étroit, ne prennent pas en compte les trottoirs et raisonnent en termes de rangées de manifestants. (Plus d’infos sur le site du Monde)

    Ce sont donc les différents champs de mesure qui expliquent – en partie – la différence de chiffres parfois criante entre police et syndicats. En partie, puisque doivent bien jouer les intérêts politiques des deux parties…

    [MàJ 18h10] Martine Aubry a déclaré au micro de Rue89 que l’Elysée “n’était pas à un mensonge près“, et a promis qu’il n’y aurait “pas de mensonges” sur le nombre de manifestants.

    Cliquer ici pour voir la vidéo.

    [MàJ 18h07] Le ministère de l’intérieur a pour sa part décompté 997 000 manifestants dans toute la France, “une baisse” par rapport au 7 septembre.

    [MàJ 17h13] La CFDT a annoncé que la journée de mobilisation avait réuni 2,9 millions de manifestants. C’est 200 000 de plus que le chiffre annoncé par la CGT à l’issue de la journée du 7 septembre.

    [MàJ 16h51] Nos amis suisses ne manquent pas d’humour. Cette vidéo est l’occasion de se le rappeler et de s’accorder une petite pause humour dans une journée à l’actualité bien chargée. Retour donc sur l’histoire de la fortune de Dédé et les mensonges de Riri…

    [MàJ 16h42] Manifestation à Metz, ambiance :

    [MàJ 16h29] Selon la préfecture de police de Paris, les manifestations d’aujourd’hui auraient rassemblé 80 000 parisiens de moins que la journée d’action du 7 septembre, soit un chiffre définitif des forces de l’ordre de 65 000 manifestants.

    [MàJ 16h25] A Besancon – Photo par @Besacontin.

    [MàJ 16h22] Des images de la manifestation à Orléans.

    [MàJ 16h15] A Paris, on nous signale que le cortège a été divisé en deux, ce qui est normal dans le cadre de manifestations massives, mais cette opération se déroule habituellement à la fin de la manifestation. Dans le but de montrer aux médias une manifestation plus clairsemée ? La différence entre les chiffres surprenants annoncés par les syndicats (300 000) et ceux avancés par la police (65 000) n’aide pas à dissiper ces interrogations.

    [MàJ 16h12] Quelques clichés de la manifestation à Strasbourg :

    [MàJ 16h04] Selon les derniers chiffres fournis par la police à Paris, les manifestants seraient au nombre de 65 000, soit 15 000 de moins que le 7 septembre.

    [MàJ 15h30] La police a estimé à 40 000 le nombre de manifestants à Paris. Pour rappel, le 7 septembre ils étaient 80 000 selon la police et 270 000 selon les syndicats.

    Il faudra très probablement attendre la fin de la journée pour évaluer définitivement l’ampleur de la manifestation. On peut en tout cas constater qu’un plus grand nombre de manifestations ont été organisées ce 23 septembre : 232 aujourd’hui contre 213 le 7 septembre dernier (soit 10% d’augmentation). On peut d’ors et déjà tirer quelques enseignements. Dans plusieurs grandes villes de France, les cortèges ont grossi depuis le 7 septembre, à l’instar de Lyon (18 000 selon la police, 36 000 selon les syndicats) ou des grandes villes du sud de la France (Toulouse notamment).

    La querelle des chiffres n’a pas fini de faire rage. A Bordeaux, la police annonce que les manifestants sont moins nombreux que le 7 septembre (37 000 contre 40 000), à rebours des syndicats qui en comptent aujourd’hui 120 000 (contre 110 000 le 7). A Marseille le rapport est de 1 à 10 : 22 000 selon la police, 220 000 selon les forces de l’ordre.

    Par ailleurs, comme le souligne Benoit Hamon sur Twitter, le comptage des manifestants par la police pose question. 40 000 personnes ont été ainsi dénombrées place de la Bastille, soit le même nombre que dans des villes de taille moindre (comme Lyon ou Angoulême) et deux fois moins que la manifestation du 7 septembre.

    [MàJ 15h00] Steven Jambot suit pour OWNI la manifestation à Metz et nous a fait parvenir cet extrait sonore :

    [MàJ 14h14] L’Elysée s’est félicité de la baisse du nombre de manifestants. Il est intéressant de constater que cette réalité est plus contrastée sur le terrain. Alors que dans plusieurs villes de province, la mobilisation est en baisse, ce constat n’est pas partagé partout. Ainsi La Provence relève en page d’accueil une manifestation plus importante que celle du 7 septembre.

    [MàJ 13h43] La tête du cortège parisien, par @Martin_P :

    [MàJ 13h40] Au Havre – Photo par NPA Le Havre

    [MàJ 13h33] Une vidéo de la manifestation à Marseille :

    [MàJ 13h09] A Lyon – Par @Fredock

    Les premiers clichés de la mobilisation parisienne – MàJ 12h40

    Par @Monsieur_Yo

    Par @HugoBaillet.

    Par @Martin_P.

    La valse des premiers chiffres – MàJ 12h20

    Selon le Midi Libre, la mobilisation serait légèrement inférieure à celle du 7 septembre dans la région. Les défilés ont regroupé 7 000 manifestants à Carcassonne, 5000 à Béziers, 2000 à Mende et 800 à Millau.

    A Belfort, le cortège comptait 7 500 manifestants selon les syndicats, 4 000 selon la police.

    Selon L’Express, la manifestation toulousaine aurait réuni 25 000 personnes selon la police contre près de 120 000 pour les syndicats.

    Concernant le taux de grévistes, la RATP annonce un taux de 16 % contre 22 % le 7 septembre. 37,06 % de grévistes ont été recensés à la SNCF, 28 % dans l’éducation nationale, 55% dans le primaire 45 % dans le secondaire.

    [MàJ 12h40] Selon la Voix du Nord, les cortèges ont rassemblé 3000 personnes à Arras, 500 à Béthune, 400 à Armentières, entre 4000 (police) et 12 000 (syndicats) à Boulogne et 3 000 à Calais.

    [MàJ 12h46] Ouest-France rapporte 2 000 manifestants à Lisieux, 5 000 à Laval, 3 000 à Saint-Lô, 12 000 à Quimper, et entre 5 000 et 6 000 à Saint-Brieuc.

    [13h28] Toujours selon Ouest-France, on a pu dénombrer 6 000 manifestants à Morlaix, 10 000 à Vannes, 14 000 (30 000 selon les organisateurs) au Mans et 4 000 à Alencon.

    Sud-Ouest rapporte 6 000 manifestants à Auch. 5 000 personnes ont défilé à Quimperlé selon Le Télégramme.

    [MàJ 12h04] A Paris, aux alentours de 11h20, le boulevard Saint-Michel semble avoir été bloqué par une grande banderole déployée par des manifestants. Photo par Marie-Aude Serra via Le Monde.

    [MàJ 11h58] A Pau – Photo par @ekko_comm

    La grève vue de l’étranger – MàJ 11h28

    Sur le Financial Times, la correspondante du journal américain à Paris souligne que cette journée est une “situation plutôt plus délicate” qu’une situation de conflit traditionnel : en effet, explique-t-elle, le gouvernement est ferme sur les axes centraux de la réforme, et l’enjeu consiste plus à obtenir des concessions qui renforceront la position des syndicats au-delà des bastions du secteur public. Si cette journée s’annonce encore un temps fort, elle se demande les syndicats parviendront-ils à maintenir un tel degré de mobilisation encore dans les semaines qui suivent, alors que le débat va se poursuivre jusqu’à la mi-octobre. C’est là le vrai test. “Cela pourrait être difficile”, juge-t-elle. Le maintien du front syndical est aussi une question en suspens. À lire la phrase de conclusion de l’article, le lecteur n’a guère de doute sur le point de vue de l’auteur de l’article : “Nous somme convaincus qu’au fond, le public comprend que cette réforme est nécessaire. Ils n’aiment pas cette idée, mais ils comprennent’, explique un conseiller du gouvernement.

    Si le Guardian titre sur les perturbations de transport (“French strikes to hit flights and train services“), l’article ne se contente pas d’énumérer les perturbations. Pour la correspondante à Paris du quotidien anglais, cette journée sera déjà un gros test. Pour sa part, le Telegraph insiste d’emblée sur les controverses entourant actuellement Nicolas Sarkozy, les Roms, un scandale financier et donc une opposition “forte” à la réforme des retraites, ainsi que l’enjeu primordial pour la suite de son mandat. Mais d’indiquer ensuite que la réforme devrait passer “confortablement” au Sénat. La messe est dite ?

    À noter que d’autres quotidiens importants sont passés rapidement sur cette journée : on ne trouve rien sur le New York Times, rien sur le HuffPo, et une dépêche de l’AP sur le Washington Post, dont un tiers consacré aux perturbations des transports. – S.B.

    [MàJ 11h23] Premier indice de l’ampleur globale de la manifestation, les premiers chiffres provenant de Toulouse font état d’une augmentation du nombre de manifestants. Selon les syndicats, ils seraient 10 000 de plus dans la ville rose que le 7 septembre, soit 120 000. (via Hugo Clément)

    [MàJ 11h30] Par ailleurs, les premiers échos du sud-est, notamment à Marseille font également état d’une manifestation plus suivie que celle du 7 septembre. “Le départ prend du retard tellement il y a du monde sur place” précise le journal La Provence. On rapporte également un nombre très important de manifestants à Clermont-Ferrand, Perpignan et à Nice, où le départ du cortège a également pris du retard. – M.U

    [MàJ 11h16] A Caen – Photo par @nook_

    [MàJ 11h15] A Orléans – Photo par @mguichard

    [MàJ 11h11] A Caen – Photo par @nook_

    [MàJ 11h09] A Clermont – Photo par @Cecile_Jandau

    [Màj 11h07] A Clermont-Ferrand – Photo par @Cecile_Jandau

    “Mobilisation, grève et… pétrole !” – MàJ 11h03

    Sur son blog “les petits poissons”, Corinne Darleux, secrétaire nationale du Parti de Gauche en charge du combat écologique, invite à se joindre à la grève les raffineries et les secteurs stratégiques pour faire peser la manifestation et forcer le gouvernement à réagir : “le rapport de forces change sacrément de nature, et on tient la démonstration de la dépendance de notre pays au pétrole et au tout routier.” via @LePartideGauche. – S.L.

    A Toulouse – Photo par @mercurekotkot

    Les leaders syndicaux jouent au jeu des pronostics – MàJ 10h56

    Bernard Thibault, le secrétaire de la CGT, a jugé ce matin sur Canal+ que la mobilisation contre la réforme des retraites allait “être forte” et que le chef de l’Etat “devrait constater au plus tôt l’ampleur du désaccord”.

    Sur RTL ce matin, le leader de la CFDT François Chérèque a déclaré qu’“il y aura encore de très grosses manifestations partout en France”. Même si il se montre optimiste quant au succès de la mobilisation, il admet qu’elle ne sera “peut-être pas” aussi forte que celle du 7 septembre.

    Pour sa part, le secrétaire général de FO Jean-Claude Mailly compte sur une forte mobilisation, qui pousserait le gouvernement “à reculer”. “L’idéal serait qu’il dise : on suspend tout, on arrête tout et on rediscute” a-t-il déclaré sur France 2. – M.C. & M.U.

    [MàJ 10h43] A Nice – Photo par @corleone06

    Un premier point sur la participation – MàJ 10h32

    En Alsace, les syndicats attendent des pics de participation des profs : 30 à 40% des enseignants pourrait manifester dans le Haut-Rhin, plus de 50% dans de nombreuses zones du Bas-Rhin, selon le SNUIpp. L’Unsa prévoit que dans plus de la moitié des écoles de Strasbourg, 1/4 des profs seront absents. Dans le secondaire, les fédérations alsaciennes prévoient 25% de mobilisation, soit autant que le #7sept. Source : les DNA.fr.

    A Lyon, 55% des enseignants des écoles primaires pourraient préférer la rue aux classes selon les syndicats, un chiffre en hausse par rapport au #7sept. En collèges et lycées, en revanche, le Snes-FSU craint une baisse de la mobilisation, cette journée de grève étant le troisième mouvement en trois semaines, les syndicats prévoient des hésitations chez les profs. Les transports sont par contre bien mobilisés : le trafic TER pourrait chuter de 50% et l’aéroport Saint Exupéry voir 37% du trafic programmé annulé. Source : Le Progrès.fr. – S.L.

    [MàJ 10h30] A Nice – Photo par @Deadrising06


    A Toulouse – Photo par @repeatagain

    [MàJ 10h25] La manifestation à Limoges – Photo par @e_THA.

    La réforme se jouera dans les amendements – MàJ 10h13

    La technique est (presque) aussi vieille que la politique : glisser dans un projet de loi vaste et complexe des amendements dits “cavaliers”, afin d’éviter à des changements cruciaux la difficile épreuve du débat public.

    La réforme des retraites a déjà servi d’abri à de tels cavaliers, qui démantèlent notamment tout un pan de la médecine du travail, comme nous l’avions expliqué le week-end dernier. Le Canard Enchaîné explique dans son édition du mercredi 22 que le projet de loi pourrait servir d’écran de fumée à une série d’amendements en faveur de la retraite par capitalisation.

    Avec comme objectif de renforcer le Perco, un dispositif instauré par les lois Fillon de 2003 qui permet au salarié d’apporter un complément à sa retraite par répartition classique, financé par son apport et celui de son patron. Le Canard rappelle que ce complément a une contrepartie : le gel des salaires ! Et c’est sans compter les effets désastreux de la crise financière sur ces produits financiers (- 35 % de rentabilité dans l’OCDE, précise Le Canard).

    Quatre amendements sont prévus : l’élargissement du Perco aux PME (il est pour l’heure réservé aux grandes entreprises), l’attribution au Perco de la moitié de la participation, la possibilité pour les entreprises qui offrent à leur dirigeant une retraite chapeau de créer un plan retraite collectif et l’éventualité pour les salariés qui n’ont pas pris de RTT de le reverser sur leur Perco.

    Le lobbying des banques aura donc sans doute son petit effet. Et le fait que le frère du président soit le dirigeant de l’institut de prévoyance Malakoff-Médéric, qui s’apprête à lancer son Perco, n’y est bien sûr pour rien ! – M.U.

    Beaucoup de monde à Toulouse – MàJ 09h44

    Selon Hugo Clément de La Dépêche du Midi, qui live-twitte la manifestation à #Toulouse, la mobilisation serait au moins aussi forte que celle du 7 septembre, qui avait déjà rassemblé près de 100 000 personnes. Les syndicats auraient raccourci le parcours du cortège, signe d’une très forte affluence selon la police. Les premiers chiffres officiels devraient tomber aux alentours de 10h, ceux des syndicats vers 11h30. – M.U.

    MàJ 10h : Photo à Toulouse par @repeatagain

    Grâce aux réseaux sociaux, aidez-nous à ‘numériser la manif’ ! – MàJ 09h36

    Le 7 septembre dernier, les grévistes étaient 1,12 millions selon les forces de l’ordre et 2,7 millions selon les syndicats. Quant à nous, nous avions comptabilisé pas moins 1 634 128 Français dans la rue grâce aux outils de crowdsourcing basés sur les réseaux sociaux.

    Pour faire de même en ce 23 septembre, nous avons besoin de vous ! En indiquant dans vos tweets, ou vos photos Flickr le ‘hashtag’ (mot clef) #23sept ainsi que le nom de votre ville (#Paris, #Bordeaux, #Strasbourg…) afin que nous puissions vous comptabiliser et relayer vos photos et vos impressions !

    La manifestation commence dans les matinales – MàJ 9h20

    Les principaux leaders politiques se sont exprimés ce matin dans les diverses matinales radio.

    Europe 1 accueillait un Mélenchon très remonté contre la réforme gouvernementale :  ”vous savez qu’on va vers le bloquage ? La grève reconductible, c’est à partir de demain !” a-t-il lancé à Jean-Pierre Elkabbach. Et un des auditeurs de suggérer aux grévistes de se mettre à tout “saccager, comme les pêcheurs” pour se faire entendre.

    La présidente du MEDEF Laurence Parisot, elle aussi invitée par Europe 1, s’est fait le porte-voix du gouvernement. Appelant à ne pas être “irresponsables” elle a dénoncé l’“illusion” dans laquelle nous vivons “depuis 30 ans”.

    Sur RTL, la patronne des socialistes Martine Aubry, interrogée sur la possibilité d’un référendum a dit vouloir attendre les positions des syndicats. Elle a également souligné l’injustice de la réforme en rappelant que “3 millions de personnes qui ont commencé à travailler avant 19 ans obligées de travailler jusqu’à 62 ans“. – M.U.

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    Dans cette PME où le reporter de France inter était allé porter son micro ce 22 septembre, on craignait une baisse de la mobilisation aux manifs du lendemain par rapport aux records du 7 : « le texte est passé à l’Assemblée nationale, j’ai du mal à motiver les gens », racontait une syndicaliste un peu dépitée. Comme si la propagande gouvernementale, après avoir enfumé l’opinion pendant une semaine, avait réussi à faire oublier l’existence du Sénat !

    Malgré toutes les tentatives de la majorité de minimiser l’ampleur de la manifestation, les 2 millions de manifestants descendus dans les rues le 7 septembre ont créé une brèche dans la certitude des politiques et des éditorialistes. Malgré les tentatives d’Eric Woerth de dissuader les Français de descendre dans la rue par quelques amendements sortis des cuisines élyséennes, une opposition se construit : Jean-Claude Mailly appelle les étudiants et lycéens à rejoindre les cortèges, Martine Aubry retrouve espoir dans le maintien du départ en retraite à 60 ans et certains sénateurs envisagent d’amender le texte pour corriger les injustices envers les femmes…

    Seul manque un soutien populaire qui forcera la majorité au débat sur les âges, le financement. Bref : une belle manifestation dans les rues et un événement sur le web pour fixer la force du mouvement. Pour accompagner le mouvement, OWNI.fr remet en place un dispositif pour restituer, catalyser et décrypter le mouvement de jeudi, comme nous l’avions fait le 7 septembre. A ceci prêt que l’ambition de cette journée est double : forcer le gouvernement à ouvrir le débat sur les retraites et prouver au président de la République qu’une unité peut se former contre des réformes injustes.

    Restituer au plus juste la force du mouvement…

    Le mot d’ordre reste le même qu’il y a deux semaines : manifestez-vous ! Comme le 7 septembre, l’équipe d’OWNI scannera toute la journée les réseaux sociaux (Twitter, Facebook, FlickR…) à la recherche du tag de la journée : #23sept. Où que vous soyez en France, relayez avec ce marqueur vos impressions, les estimations de la participation, événements marquants, déclarations dans les médias ou dans la rue… Activez la géolocalisation et vous apparaîtrez sur notre carte du mouvement, ajoutez le tag de votre #ville et vos données contribueront à la mise à jour de notre fil d’actualité.

    Et pour ne pas limiter votre expression au web, OWNI vous propose de vous afficher : envoyez vos dessins ou créations visuelles militantes sur concours@OWNI.fr et elle sera publiée sur le blog AffichezVous.OWNI.fr. Les idées les plus appréciées par les internautes seront imprimées en format A4 et A3 et distribuées dans la rue au coeur du cortège parisien. Appareils photos en main, les membres de la rédaction iront photographier les manifestants munis de vos créations et l’ambiance dans les rangs.

    … et réfléchir à sa signification

    Pour visualiser les cortèges dans toute la France, une nouvelle carte de la manifestation sera mise à jour, comprenant les estimations du #7sept pour pouvoir constater l’évolution de la mobilisation depuis la 1ère manif de cette rentrée sociale. Au cours de la journée, d’autres outils pourraient bien voir le jour dans le laboratoire, au fil des suggestions et des contributions extérieurs. Et pour prendre un peu de hauteur, OWNI vous proposera toute la journée des échos venus d’ailleurs : chercheurs, politiques européens, penseurs et militants jetteront un oeil critique sur la réforme, la situation sociale et le débat politique en France.

    Que vous soyez devant votre télé ou sur les boulevards, vous êtes invités à être acteur de cette journée. Et, si la tâche vous paraît trop grande, n’hésitez pas à ramener les camarades. La colère, ça se partage à chaud.

    Ce billet sera actualisé tout au long de la journée du 23 septembre

    Retrouvez les autres live-bloggings sur la toile !

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    Images CC Flickr Nwardez et Audrey AK

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    http://owni.fr/2010/09/22/23sept-manifestez-vous/feed/ 3
    Comment l’UMP utilise le troll politique pour accaparer le débat http://owni.fr/2010/09/22/comment-lump-utilise-le-troll-politique-pour-accaparer-le-debat/ http://owni.fr/2010/09/22/comment-lump-utilise-le-troll-politique-pour-accaparer-le-debat/#comments Wed, 22 Sep 2010 08:26:32 +0000 Sylvain Lapoix http://owni.fr/?p=28813 Nicolas Sarkozy doit beaucoup à Léon Zitrone. A une maxime surtout : « Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ! » Une leçon d’homme de télévision assimilée par le Président de la République comme une leçon de communication : dans une société du bruit médiatique, gueuler le plus fort est ce qui compte, quitte à dire n’importe quoi. A ceci prêt que ce « n’importe quoi » doit être assez efficacement conçu pour marquer les esprits dans le sens où la politique veut les mener.

    Depuis la rentrée, le gouvernement a déployé un arsenal de communication prodigieux pour occuper tout l’espace médiatique, couvrant de ses déclarations fracassantes ou édifiantes les moindres mots de mise en garde ou d’indignation de l’opposition, des syndicats ou des penseurs qui se débattent à pointer ce qui a été défait par la « rupture ». Et ce simple fait marque la force d’un gouvernement sûr de lui : en 2007, c’est en remportant la bataille du discours que Nicolas Sarkozy a marqué les esprits. Sur chaque sujet, ses concurrents, à commencer par Ségolène Royal, ne faisaient que s’aligner, réagir dans le débat lancé par l’UMP. La plus grande défaite de la gauche ayant été de voir sa « vie chère » recallée par le « pouvoir d’achat » du programme de la droite.

    Cette rentrée, la dernière avant le début de la campagne, marque une accélération dans un accaparement du débat qui, à première vue, ressemble à un troll massif de l’agora médiatique. Mais dont les effets de manche consistent surtout en trois techniques redoutables maquillée en grossièreté politique.

    La mithridatisation ou « les sourds préfèrent qu’on leur parle doucement »

    En déclarant qu’il aurait préféré que « le Luxembourg n’existe pas », après la critique de Viviane Reding sur la politique de la France envers les Roms, le sénateur Philippe Marini a battu des records d’indignité. Ses déclarations étaient jugées par le ministre des Affaires étrangères du Grand Duché « du même niveau que les discours de Mahmoud Ahmdinejad ». Remarquable en effet.

    Car, en fixant la barre aussi haut dans la violence verbale, toute proposition un cran au dessous est considérée comme « relativement raisonnable ». De quoi couper l’herbe sous le pied de tout parti d’opposition qui, à moins de vouloir rentrer dans un concours se retrouve le souffle coupé au premier round. En lançant des projets de loi absurdes ou honteux, le même Philippe Marini avait opéré un joli coup en décembre 2008 : proposant de déduire des impôts les pertes de ceux qui avaient joué en Bourse et perdu avec la crise, il avait été déboutté… Permettant au gouvernement de jouer les redresseurs de tort en ne faisant que corriger l’un des siens !

    Durant toute la passe d’arme qui a opposé la France à l’Union européenne, la méthode a fait florès : de Jean-François Copé à Chantal Brunel, la majorité s’est arrogé le droit de s’en prendre frontalement aux institutions, aux États membres, etc. Devant quoi l’opposition ne pouvait que s’indigner. Las, l’indignation est une posture passive : l’UMP restait à l’initiative et au premier plan à l’écran.

    L’internalisation du débat ou « je suis content que nous ayons cette discussion au sein de l’UMP »

    Pas de mérite à relever cette technique : c’est Xavier Bertand lui-même qui a vendu la mèche sur France inter lundi 20 septembre. Le week-end entier avait été animé du débat suscité par les propositions de Brice Hortefeux pour réformer la justice, notamment l’instauration de jurys populaires et l’élection des juges. Cacophonie dans la majorité : Gérard Larcher et François Fillon se déclarent contre le principe d’élection, Michèle Alliot-Marie déclare avoir ses idées (encore heureux, c’est elle la ministre de la Justice…). Bonhomme, Xavier Bertrand se félicite de l’ambiance : « qui fait vivre ce débat ? Notre famille politique et la majorité, moi je m’en réjouis. »

    Cliquer ici pour voir la vidéo.

    Car en gardant en son sein toute la palette des options sur un sujet ou un autre, l’UMP coupe encore une fois l’herbe sous le pied de l’opposition. Vous êtes pour l’élection des juges ? Hortefeux aussi ! Vous êtes contre ? Ah, comme François Fillon alors ! Une fois le sujet imposé, l’Élysée pose chacun de ses pions sur une case avant de prendre sa décision : la place est prise, la gauche n’a plus qu’à réagir. L’UMP conserve la main.

    Le hors sujet ou « la cuisine est sale mais j’ai balayé le couloir »

    Les syndicats ne pourront pas dire que le gouvernement ne veut pas négocier. Certes, il refuse catégoriquement de toucher à la retraite à 62 ans et au taux plein à 67 mais il propose autre chose. En page 4 du Parisien du 21 septembre (J -2 de la deuxième mobilisation), le titre de l’interview d’Eric Woerth est clair : « Retraite : « nous allons proposer de nouveaux amendements ». » Il faut pousser à la fin du paragraphe de présentation pour apprendre que le ministre du Travail considère que « les mesures d’âges de 62 et 67 ans ne sont pas négociables ». La tête de page est passé, les gazettes pourront annoncer « Woerth prêt à des aménagements sur les retraites », le hors sujet est passé.

    Et, dans ce « hors sujet » là, ce n’est pas l’élève qui est jugé mais le prof : en montrant cette fausse souplesse (on apprend en troisième colonne d’interview que Woerth ne compte pas égratigner les hauts revenus), le ministre fait passer ses critiques, les syndicats et l’opposition, pour des pinailleurs, des obsessionnels… Pire : pour des capricieux qui risquent de laisser passer l’occasion d’améliorer le sort d’une part marginale de la population. Au final, ces « amendements » ne seront peut-être même pas adoptés en séance. Mais qu’importe : syndicats et oppositions ne pourront pas dire que le gouvernement n’a rien proposé. L’UMP garde la main.

    Combinées, toutes ces techniques ne donnent pas au gouvernement la capacité de « gagner » le débat sur les retraites. Ils lui donnent simplement la main sur le fameux débat, s’assurant qu’aucune déclaration de l’opinion, aucune réaction des syndicats ne sortira du cadre qu’il a défini. Que ce soit pour critiquer ou soutenir, toutes les propositions faites dans le débat sur la réforme des retraites se réfèrent à un membre de la majorité. En bien, en mal, peu importe : l’important, c’est qu’on parle d’eux.

    Crédit photo : altemark,Martin Kingsley

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    http://owni.fr/2010/09/22/comment-lump-utilise-le-troll-politique-pour-accaparer-le-debat/feed/ 86
    Image politique, quand l’instant saisi devient allégorie http://owni.fr/2010/07/09/image-politique-quand-l-instant-saisi-devient-allegorie/ http://owni.fr/2010/07/09/image-politique-quand-l-instant-saisi-devient-allegorie/#comments Fri, 09 Jul 2010 10:03:03 +0000 Olivier Beuvelet http://owni.fr/?p=21530 Un moment saisi à la volée à la sortie d’une réunion à l’Élysée… Une image qui ne voulait rien dire et qui a trouvé un sens, retrospectivement, au gré de l’actualité politique… Soudain, l’instant saisi devient allégorie, l’image muette, pure monstration d’une configuration du hasard, devient la représentation d’une affaire d’Etat, par le seul vouloir d’un rédacteur de Libération.fr… qui a probablement repris l’illustration choisie par LePost.fr (merci encore une fois à Patrick Peccatte)

    Ce que j’ai toujours aimé dans la photographie, le cinéma documentaire et certaines fictions, dans la saisie immédiate de la réalité matérielle par le procédé photographique, c’est la manière dont, par ses différents niveaux de cadrage, l’image saisie dans l’incandescence de l’instant présent peut devenir allégorie… Ce moment où l’oeil du sujet imageant propose un sens implicite à son spectateur, dévoile un ordonnancement du visible qui ne renvoie soudain plus à lui même dans la tautologie de l’acte photographique (sa transparence pourrait-on dire) mais dégage l’image vers un ailleurs, une référence extérieure qui l’habite pourtant… Ce qui fait la force d’une photographie et peut lui permettre d’accéder au champ de l’esthétique et au domaine de l’art, c’est justement cette aptitude à transfigurer la réalité matérielle pour en faire une allégorie, à l’encontre de son contexte historique parfois…

    Ces moments d’assomption de l’allégorie dans l’image photographique prise sur le motif sont ainsi nombreux dans un film comme Shoah, dans la fameuse scène avec Abraham Bomba par exemple, dans laquelle le coiffeur de Tel Aviv devient progressivement le coiffeur de Treblinka et son client un condamné à mort auquel le spectateur s’identifie, sous l’effet de son terrible récit …

    On peut aussi citer, ô combien ! l’œuvre de Krzysztof Kieslowski qui, du documentaire à la fiction, a travaillé à l’équilibre des deux tendances que Kracauer confère au cinéma et à la photographie, la tendance “formatrice” et la tendance “réaliste” sa capacité à formuler et sa capacité à montrer… Ainsi, les nombreux guichets qu’il filme comme des vitres trouées d’un cercle d’air, sont parfois chez lui des allégories de l’image cinématographique, cette transparence trouée, et il devient très intéressant d’en étudier les occurrences…

    La réunion d’objets devenus signes dans un champ, par le travail du cadre, la référence à un contexte idéologique, culturel ou affectif qu’une certaine catégorie de spectateurs peut saisir, la survivance dans les corps et les formes visuelles des paradigmes anciens de l’Histoire des images, sont autant d’éléments susceptibles d’informer l’image photographique pour en faire une allégorie.

    Dans le contexte d’une affaire d’État

    Dans le cas présent, on voit que c’est le contexte immédiat, contexte politique d’une affaire qui prend chaque jour de l’ampleur, qui a “transformé” une photographie prise en 2009, sans signification particulière, en allégorie contemporaine. Un rédacteur de Libération.fr l’a reprise aujourd’hui pour signifier la panique qui saisit le sommet de l’État devant les informations mises en ligne par le site Mediapart. Contrairement aux images de la série précédente, aucun lien organique direct ne peut ête établi entre cette photographie et l’actualité, pourtant, si bien sûr elle n’informe pas, elle illustre de manière allégorique la situation. Et l’on voit peut-être ici encore l’image prendre position…

    Ça part dans tous les sens !  Eric Woerth qui tient un dossier sûrement intéressant et vérifie qu’il a bien quelque chose dans sa poche est poussé au premier plan devant les objectifs, mais tout se passe dans son dos, il tente de se retourner pour saisir ce qui se trame à son sujet derrière lui entre les deux seules personnes qui se regardent… La tête de Brice Hortefeux semble lui pousser sur l’épaule, mais il est ici dans la position du comploteur qui regarde en coin s’éloigner un rival… Nicolas Sarkozy, quant à lui, tend la main à un interlocuteur à demi caché (sûrement Benoist Apparu, paradoxalement) mais semble surtout essayer d’attraper une main secourable, cette salutation ressemble ainsi, dans le contexte actuel, à une demande d’aide…

    Des hommes de l’ombre agissant en coulisse

    Pourtant l’ampleur du geste pourrait aussi nous laisser penser qu’il a poussé Woerth vers l’avant, ce qui expliquerait que celui-ci se retourne… L’image est recadrée par un montant de porte à droite, marge floue et sombre de l’affaire, et témoigne de la dimension réaliste et spontanée de la prise, devenant une intrusion, un dévoilement, et établissant un seuil que n’a pas encore franchi Eric Woerth… cependant il se rapproche, seul, de la porte de sortie…

    La légende est intéressante parce qu’elle ne cite que Woerth et Sarkozy, Hortefeux caché mais présent et Apparu (probablement) sont ici les représentants des hommes de l’ombre et des éminences grises qui agissent en coulisse, de manière anonyme, dans cette affaire qui devient incontrôlable… comme les trajectoires des personnages présents dans l’image…

    Enfin, au milieu, un drapeau français rappelle le lieu et sert de contre-point “moral” à la scène saisie sur le vif.

    Voilà comment une image tirée des archives (dont je n’ai pas trouvé trace sur Google Image) devient allégorie en fonction d’un contexte particulier, quelques mois plus tard. Le rédacteur aura trouvé là matière à représenter visuellement la situation politique du moment.

    Illustration : capture d’écran de Libération.fr le 6 juillet à 9 h.

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    Billet initialement publié sur Parergon, un blog de Culture visuelle

    À lire sur le même sujet sur Parergon : Affaire Woerth, images d’un conte pas très suisse…

    Disclosure : Culture visuelle est un site développé par 22mars, société éditrice d’OWNI

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    http://owni.fr/2010/07/09/image-politique-quand-l-instant-saisi-devient-allegorie/feed/ 4
    Eric Woerth, ou la fabrique de l’image rêvée http://owni.fr/2010/07/09/eric-woerth-ou-la-fabrique-de-l%e2%80%99image-revee/ http://owni.fr/2010/07/09/eric-woerth-ou-la-fabrique-de-l%e2%80%99image-revee/#comments Fri, 09 Jul 2010 09:24:38 +0000 André Gunthert http://owni.fr/?p=21557 On le dit, on le répète : nous vivons dans un trop-plein d’images. Une abondance qui a notamment pour effet de mettre en difficulté le photojournalisme, concurrencé par la profusion des photos amateurs ou des banques d’images.

    Mais si l’on examine de plus près un cas particulier, on a la surprise de constater que ce schéma général est loin de correspondre à la réalité. Avec l’affaire Woerth-Bettencourt, on voit les rédactions faire tous leurs efforts pour remédier à ce qui apparaît clairement comme une insuffisance du matériel disponible.

    Liliane Bettencourt et Eric Woerth ne sont pas des inconnus. Pourtant, lorsque Mediapart lance l’affaire le 16 juin dernier, on voit bien que l’accompagnement iconographique n’est pas à la hauteur. Côté Bettencourt, journaux et sites reproduisent d’abord un seul et même portrait de la milliardaire, déjà relativement ancien, réalisé par Patrick Kovarik pour l’AFP le 18 avril 2005 à l’Elysée, à l’occasion d’une remise collective de décorations (voir ci-dessous, fig. 1-2).

    (1) Liliane Bettencourt, photo Kovarik/AFP 2005 (2) Site Libération.fr, "Bettencourt, une affaire d'Etat". (3) Couverture Le Point 01/07/2010.

    Non qu’il n’y ait aucune photo de Liliane Bettencourt. Comme le montre un reportage largement illustré que Paris-Match consacre le 23 juin à l’”amitié particulière” de l’héritière et du photographe François-Marie Banier, ces images existent. Mais il a fallu puiser dans les ressources de la photo amateur (voir ci-dessous, fig. 4-5). Le portrait utilisé dans les premiers jours de l’affaire, encore reproduit par Le Point en couverture le 1er juillet, est en réalité la seule photo : 1) réalisée dans le contexte d’une occasion publique (c’est à dire une image à la publication de laquelle Liliane Bettencourt ne peut pas s’opposer), 2) diffusée par l’AFP – autrement dit le seul portrait récent disponible en pratique et publiable dans de bonnes conditions de sécurité juridique.

    (4) Couverture Paris-Match du 23/06/2010. (5) François-Marie Banier, Liliane Bettencourt, photo amateur, mai 2006.

    Que tout le monde ait ou non un camphone n’y change rien. Malgré sa notoriété, Liliane Bettencourt est une vieille dame discrète et bien protégée qui ne se montre que rarement en public. Elle est également riche et puissante, de sorte qu’on n’a pas de mal à imaginer qu’une photo volée utilisée à son insu coutera cher à celui qui osera la publier. Plus de trois semaines après les débuts de l’affaire, son image reste donc aussi rare qu’à l’époque du collodion humide.

    Eric Woerth est un personnage public, ministre de la République depuis 2007, dont il n’est pas douteux que les agences ou les photothèques des journaux possèdent de nombreuses photos légitimement diffusables.

    Délaissé des paparazzi jusqu’à présent

    Pourtant, à considérer les tactiques illustratives déployées par la presse au cours des dernières semaines, on sent bien que l’empreinte iconographique du trésorier de l’UMP n’a rien à voir avec celle des têtes d’affiche du sarkozysme – Carla, Rachida, Brice ou Nicolas lui-même. Alors que les rédactions disposent pour ces derniers d’un riche portefeuille visuel, capable de répondre à toutes les sollicitations de l’actualité, la moindre notoriété du ministre – et peut-être un jeu d’expression plus restreint, qui va du sérieux au maussade – a jusqu’à présent évité à Eric Woerth les assauts des paparazzi.

    Cette empreinte plus discrète restreint les possibilités de l’illustration, qui n’aime rien tant que coller au récit par l’anecdote (voir ci-dessous, fig. 6). Le stock disponible, composé surtout de portraits de groupe, n’offre visiblement pas les ressources suffisantes. Du coup, on recourt à l’expédient du montage, pour fabriquer l’image qu’aucune agence ne peut fournir. Sur sa couverture du 26 juin, pour associer les deux principaux protagonistes, Marianne choisit de coller une photo de Oliviera Hamilton (Réa) sur le portrait de Liliane Bettencourt de l’AFP (voir ci-dessous, fig. 7). (On notera au passage que, si la moindre retouche fait systématiquement pousser des hauts cris, ces bricolages discutables – dans la mesure où ils ne sont pas forcément détectables par un lecteur pressé, et créent de toutes pièces une image sans existence –, sont considérés comme des pratiques tout à fait normales.)

    (6) Une Libération 30/06/2010 (photo: Marc Chaumeil/Fedephoto). (7) Une Marianne 26/06/2010 (montage Kovarik/AFP-Hamilton/REA) (8) Une L'Express 30/06/2010 (photo Ludovic/REA).

    Une couverture de L’Express due à Marin Ludovic (Réa), quoiqu’elle ne relève apparemment pas du montage, confère par un vignettage appuyé un caractère sinistre à l’association des personnages principaux, ici Eric Woerth et Nicolas Sarkozy, extraits par recadrage du groupe qui les entoure (voir ci-dessus, fig. 8).

    Une autre manière de remédier à l’absence de l’image idéale consiste à jouer du calendrier, en allant repêcher dans les archives une photo qui correspond à la situation que la rédaction souhaite mettre en scène. Le 6 juillet, alors que Mediapart a publié le matin même des informations qui mettent en cause le président de la République, la plupart des sites de presse essayent dans l’urgence de produire une photo du couple Woerth-Sarkozy. Le Figaro repère le premier dans ses archives une photo d’avril 2008, copié quelques heures plus tard par le site du Monde qui retrouve le même événement photographié par l’AFP (voir ci-dessous, fig. 9-10). Après avoir utilisé le matin une image de 2009, Libération optera l’après-midi pour une autre photo du couple, datée de janvier 2010. Ces mises à jour présentent l’intérêt de dévoiler la temporalité de la recherche iconographique, ses hésitations et ses adaptations en temps réel.

    (9) Une LeFigaro.fr, 06/10/2010 (photo Le Figaro, avril 2008). (10) Une site LeMonde.fr, 06/10/2010, photo AFP/Joel Saget, 8 avril 2008.

    Recours à la photo-amateur, montage, recadrage, décalage temporel – il ne manque plus à la liste de ces acrobaties éditoriales que l’emprunt de vidéogrammes. Les interviews sur TF1 de Liliane Bettencourt le 2 juillet puis d’Eric Woerth le 6 ont été bienvenues pour renouveler le stock et ont immédiatement été recyclées en images fixes (voir ci-dessous, fig. 10-11). Ce qui illustre cette autre loi d’airain de la photo de presse : plus le temps passe, plus le portefeuille visuel d’Eric Woerth s’étoffe, grâce à la multiplication des occasions de prise de vue et à la vigilance accrue des photographes. Que le ministre n’ait aucune inquiétude : si son empreinte était jusqu’à présent médiocre, il ne fait pas de doute que son extension progressive permettra au récit journalistique de déployer toute sa mesure.

    (10) Illustration dossier LeMonde.fr, 06/10/2010, vidéogramme interview TF1 (11) Une LeParisien.fr, 06/10/2010, vidéogramme interview TF1.

    Billet initialement publié sur L’Atelier des icônes

    Image CC Flickr Omar Eduardo

    Disclosure : Culture visuelle est un site développé par 22mars, société éditrice d’OWNI

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    http://owni.fr/2010/07/09/eric-woerth-ou-la-fabrique-de-l%e2%80%99image-revee/feed/ 13
    Mediapart sous le feu nourri de l’UMP http://owni.fr/2010/07/08/mediapart-sous-le-feu-nourri-de-l-ump/ http://owni.fr/2010/07/08/mediapart-sous-le-feu-nourri-de-l-ump/#comments Thu, 08 Jul 2010 07:54:09 +0000 Martin Untersinger http://owni.fr/?p=21454 C’est l’article publié lundi dernier par Mediapart (et traduit par OWNI), révélant un possible financement occulte de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, qui a mis le feu aux poudres.

    Depuis hier, tous les responsables politiques de la majorité ont fait de Mediapart et d’Internet, la cible de toutes leurs attaques. Même si elles relèvent certainement d’une tentative désespérée de discréditer la source de l’information, technique aussi veille que le journalisme, elles n’en sont pas moins inquiétantes et révélatrices.

    "Nom d'un chien elle s'est pas foutue de ma gueule Liliane. Carla, viens voir tout ce qu'elle a mis dans l'enveloppe !"

    Éléments de langage

    Le ministre du Budget François Baroin (pourtant ancien journaliste politique à Europe 1) a ainsi qualifié Mediapart de “blog”. Xavier Bertrand, pour sa part, a attaqué sur RTL les méthodes fascistes” de Mediapart. Le ministre de l’industrie et maire de Nice Christian Estrosi a quant à lui fait joliment référence à “une certaine presse des années 30”. Mais la palme de la bêtise revient certainement au jeune Benjamin Lancar (président des jeunes UMP qui n’en est pas à son coup d’essai) qui est l’auteur d’une superbe fulgurance sur Twitter (vous savez, le lieu des ragots et des rumeurs) :

    Du temps de Staline, il y avait les montages photo, en 2010, en France, il y a Mediapart, mené par… un trotskiste. CQFD.

    Malheureusement, cet article ne sera jamais aussi complet et exhaustif que cet attendrissant livre d’or publié sur le site de l’UMP. Seul l’impayable Jean-Pierre Pernaut peut se targuer d’y arriver (attention, ça fait froid dans le dos) :

    Cliquer ici pour voir la vidéo.

    La revanche d’Internet

    Jouant donc à plein sur l’idée encore tenace qu’une information publiée sur Internet est forcément sujette à caution (et comme si celles diffusées par les grands médias ne l’étaient pas), les cadres de l’UMP pourraient bien y laisser quelques plumes si l’histoire rapportée par Mediapart se vérifie de bout en bout. Et il sera alors extrêmement difficile à l’avenir de jouer la carte de la non-fiabilité d’Internet.

    Ce qui est certain, comme le souligne Serge Faubert sur Electron Libre, c’est que la révélation de cette affaire par une publication en ligne “marque un tournant dans l’histoire médiatique de notre pays”. Car c’est un pure-player, né et vivant sur Internet qui (comme naguère Rue89 avec l’affaire du non-vote de Cécilia) fait son grand coming-out et impose son agenda aux grands médias généralistes. C’est d’autant plus rageant pour le camp UMP que les enregistrements divulgués par Mediapart avaient été proposés aux grand médias. Qui les avaient refusés. Peur des retombées politiques ? Auto-censure ?

    En tout cas et heureusement, les médias anglo-saxons qui reprennent de plus en plus l’information, n’ont heureusement pas la défiance des pontes du parti présidentiel.

    Le LA Times et CNN qualifient en effet Mediapart de “site d’investigation”, Vanity Fair de “site internet d’investigation” et le Telegraph d’un sobre “site d’information”. Le blog du World Editors Forum (sous-division de la très respectée Association Mondiale des Journaux) rappelle peut-être un peu exagérément que Mediapart est “bien connu pour ses investigations au coeur des scandales politiques français. Éléments de langage…

    Au delà d’une affaire d’Etat qui prend chaque jour plus d’ampleur et qui met en lumière les relations plus qu’incestueuses entre la politique et le monde des affaires, deux éléments se dessinent en filigrane. D’une part, une faiblesse croissante des médias traditionnels, incapables de sortir l’affaire comme le voudrait la déontologie du métier, affaiblis par la crise et dont la collusion avec le pouvoir apparaît de plus en plus évidente. D’autre part, cette affaire consacre la montée en puissance des médias en ligne.

    Xavier : "Eric, fais pas le con. Dis-moi où t'as caché ta p*tain d'enveloppe."

    Vers le sacre des médias en ligne ?

    Mediapart sort évidemment gagnant de cette affaire (+ 5000 abonnés en quelques semaines), de quoi rassurer les banquiers du site, dont la trésorerie ne lui permettait pas une marge de manoeuvre supérieure à quelques mois. De quoi également être serein quant à l’avenir du site à plus long terme, si l’on en croit les dires de Vincent Truffy, journaliste à Mediapart interrogé sur Electron Libre :

    Quand on lit les messages qu’ils [les nouveux abonnés] nous envoient, on se rend compte que les lecteurs viennent grâce à ces affaires, mais ils restent aussi parce qu’ils découvrent l’ensemble de notre contenu, notre différence. Nous vivons une véritable construction de lectorat.

    Il y a en outre fort à parier qu’à l’instar du Daily Telegraph lors du scandale des notes de frais des parlementaires britanniques, le site va continuer à distiller au compte-goutte l’intégralité de ses informations.

    On espère en tout cas que cette affaire va aider les médias sur Internet à se débarrasser de cette réputation de colporteurs de “ragots” et à prouver que s’y trouve l’avenir du journalisme, quoiqu’en pensent les politiques chagrins. Ce n’est à l’évidence pas l’avis de Nadine Morano, dans le 19/20 de France 3 du 6 juillet, qui nous donne une sublime leçon de journalisme :

    On est arrivé dans une nouvelle forme de journalisme qui ne repose plus sur de l’information vérifiée, qui ne repose plus sur des témoignages vérifiés, sur des preuves, mais qui font seulement l’objet de calomnies, de mensonges, de ragots.

    Car oui, l’article publié lundi par Mediapart repose sur un seul et unique témoignage, non-vérifié. De plus, la situation financière fragile du site laissait quelque place au doute. On pouvait alors arguer, à sa décharge, que ces déclarations avaient été faites avant l’article publié dans Le Monde de cet après-midi, qui annonce la découverte des carnets évoqués par la comptable et confirme le fait que 50 000 euros ont bien été retirés, comme expliqué par Claire T dans son témoignage à Mediapart.

    Pourtant, Nadine en a remis une couche cette après-midi dénonçant avec l’élégance qui la caractérise “la collusion politico–médiatico-trotskyste”.

    Vous vous rendez compte dans quelle histoire on se trouve ?” demandait-elle dans Soir 3 mardi soir. Nous oui.. Elle ? J’en doute.

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    Crédits Photo CC : Tragic Ending To A Beautiful StoryMinistère du TravailUK Parliament.

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